Olivier Lluansi, Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers

 

Quel que soit le projet de société pour lequel nous opterons demain, nous aurons besoin de souveraineté pour choisir librement notre destin, de cohésion sociale et territoriale pour être solidaires dans les renoncements qu'il impliquera, de « génie » pour réinventer les solutions et les objets face aux dérèglements planétaires. Or ces indispensables piliers ont un socle, celui d'un outil productif puissant, d'une renaissance de notre puissance industrielle.

En France, l'industrie fut glorieuse puis dénigrée. Ses entreprises ancrées dans nos territoires firent preuve alors d'une résistance digne de respect. Car pendant quarante ans, nos dirigeants ont privilégié une France « tertiaire », occultant l'impasse de ce choix économique et fermant les yeux sur notre désindustrialisation, plus marqué que celle de nos voisins européens.

L'effort de ceux qui n'ont jamais cédé, commence à porter ses fruits. En même temps, c'est bien grâce à ce secteur, que la France a brillé avec les Airbus, les Arianes, les TGV, les industries de défense ou encore le parc électronucléaire.

Pour faire renaître la puissance de notre industrie, il faudra sans doute œuvrer en dehors du seul cadre classique des partis et des pouvoirs politiques, parce que ceux-ci n'ont pas répondu aux nécessités du secteur. Ils ont changé de multiples fois de priorités, ils semblent même avoir abdiqué face à la crise de l'énergie, aux taxes asymétriques, à la domination chinoise, en laissant s'installer le message que la seule issue serait les services et les innovations de rupture.

L'indétermination actuelle de l'État a pour conséquence inéluctable la désillusion à l'égard de nos institutions. Comment et pourquoi donc a été brisé soudainement l'élan salvateur en faveur de l'apprentissage ? Comment et pourquoi la promesse de décroissance des impôts de production « impôts parmi les plus stupides » a-t-elle été reniée ? Comment et pourquoi la moitié des prélèvements pour la formation de nos jeunes sont-ils affectés au puits sans fonds d'un budget toujours déficitaire ?

La solution viendra des acteurs qui portent, au très profond d'eux même, la conviction d'une France qui innove, produit et est en fière, condition de sa rénovation.

Notre Manifeste est issu d'un collectif apartisan de personnalité issues d'horizons très divers, qui partagent cette conviction.

Son premier mouvement est de revenir à une évidence, une affirmation claire et définitive : la renaissance de notre puissance productive ne relève pas d'une personnalité salvatrice, ni même d'un parti politique, mais de nous tous.

Le deuxième mouvement est logiquement d'énoncer ce qui fait consensus, c'est-à-dire ces mesures de politique publique qui nous permettraient d'avancer sur le chemin souhaité et qui ne font pas débat. Nous en avons identifié neuf. Certaines ne requièrent ni budget supplémentaire, ni loi clivante. D'autres sont plus exigeantes, mais toutes font consensus.

Tout cela nous conduit à un troisième mouvement qui complétera l'urgence des premiers. Car ces neuf mesures consensuelles suffiront d'abord à sauvegarder ce qui a déjà été préservé. Pour faire renaître une puissance productive et donc aller au-delà de la préservation, nous devons aussi infléchir notre projet de société. Les mots sont grands, en quoi peuvent-ils devenir appréhendables ? Nous avons exploré cinq bifurcations. Elles concernent par exemple notre modèle social et son financement qui pénalise actuellement la production et le travail ; l'imaginaire de notre industrie s'appuyant sur ses fleurons et occultant le rôle véritable des petites et moyennes entreprises ; la nécessité du temps long pour notre outil productif et donc de la planification dans une démocratie aux mandats courts.

Mettons-nous en mouvement. Il est de notre responsabilité, comme famille de l'industrie, comme représentant de la société civile d'imposer ces évidences dans notre espace public et politique, dans l'action publique. C'est l'ambition de ce Manifeste et l'appel que nous vous adressons : soutenez cette démarche comme entrepreneurs, comme syndicalistes, comme associatifs actifs, comme citoyen.