L’IA : Un catalyseur pour l’industrie mécanique

 L’IA amorce une révolution semblable à celle de l’électricité au début du siècle dernier. Bien que cette transformation soit progressive, les opportunités économiques et la profonde métamorphose des modèles commerciaux qu’elle induit sont indéniables. L’industrie manufacturière, productrice massive de données, est en première ligne de cette révolution. Cependant, pour tirer parti de l’IA, les entreprises doivent développer une stratégie autour de la gestion des données et de la digitalisation de leurs processus.

L’une des applications les plus marquantes de l’IA dans l’industrie est la robotisation, qui connaît une croissance sans précédent. Les robots deviennent plus autonomes grâce aux avancées en IA, facilitant une fusion entre les données virtuelles et le monde réel. Ce développement accélère l’émergence de robots de service et le partage de l’apprentissage, renforçant ainsi la transformation numérique de l’industrie.

L’IA et les jumeaux numériques : Des enjeux technologiques cruciaux

L’agenda stratégique européen de recherche et d’innovation (SRIA) place les jumeaux numériques d’équipements et de composants au cœur de ses priorités scientifiques. Ces modèles de comportement multiphysiques en temps réel permettent aux dispositifs d’IA d’apprendre à partir de données réelles. Cependant, la création de ces jumeaux nécessite une gestion complexe et abondante de données, intégrant des capteurs adaptés et un traitement précis pour construire des indicateurs de diagnostic fiables.

Il est crucial de proposer aux mécaniciens une chaîne de valeur complète pour l’exploitation industrielle, incluant la maintenance connectée, la surveillance et le pilotage des processus de production, la surveillance de l’intégrité des structures (SHM), ainsi que le développement de machines intelligentes et de leurs jumeaux numériques.

Le Cetim s’est ainsi engagé à mettre la machine intelligente, le jumeau numérique et l’IA à portée des PMI, en participant au développement de produits et équipements intelligents, optimisés et durables. Les objectifs incluent l’instrumentation des composants et machines pour la surveillance, la levée des verrous pour le déploiement des jumeaux numériques, et la réalisation de cas d’usage pour la prise en main et l’appropriation.  L’amélioration des procédés et de l’analyse de données grâce à l’IA générative est également étudiée.

Ces initiatives sont soutenues par des formations, des événements de sensibilisation ou d’information comme les rendez-vous de la mécanique et les webinaires, ou encore la mise à disposition de documents de veille technologique sur la Mécathèque du Cetim (dont voici un exemple). Enfin, les plateformes d’accélération Quatrium offrent des programmes d’accompagnement à la transformation des entreprises.

Régulations européennes : L’« Artificial Intelligence Act »

Malgré de nombreux avantages économiques, environnementaux et sociétaux dans divers secteurs, l’IA peut aussi générer des risques et causer des dommages aux intérêts publics et aux droits fondamentaux. Les institutions européennes ont ainsi adopté l’« Artificial Intelligence Act ».

L’objectif de ce règlement est d’établir un cadre juridique uniforme pour le développement, la mise sur le marché, la mise en service et l’utilisation de systèmes IA, avec un niveau de protection élevé pour les utilisateurs et les bénéficiaires.  Le règlement s’appuie sur une approche par le risque et propose ainsi plusieurs catégories d’IA, dont l’IA à haut risque.

Concernant l’industrie mécanique, il y a deux types d’IA à haut risque :

  • L’IA utilisée en tant que composant de sécurité intégré dans des produits devant faire l’objet d’une évaluation de la conformité par un tiers ;
  • L’IA qui est elle-même un produit couvert par la règlementation machines et doit faire l’objet d’une évaluation de la conformité par un tiers (par exemple les composants de sécurité au comportement totalement ou partiellement auto-évolutif et qui utilisent des approches d’apprentissage automatique assurant des fonctions de sécurité).

Ces types d’IA doivent répondre à une série d’exigences qui encadrent leur développement (notamment sur la qualité des données), leur fonctionnement (par exemple l’enregistrement automatique des événements), leur utilisation (comme la supervision humaine) et leur modification.

A partir du 3e trimestre 2027, date à laquelle le règlement entrera en application, les fabricants mécaniciens qui souhaiteront mettre sur le marché des machines intégrant de l’IA à haut risque devront s’assurer que le système est conforme aux exigences techniques et que la procédure de conformité applicable a été effectuée. De plus, ils devront assurer la tenue des journaux générés automatiquement par leurs systèmes d’IA et mettre en place un système de gestion de la qualité conforme.

Une demande de normalisation en appui à l’Artificial Intelligence Act est en cours de traitement par le JTC21, groupe de travail joint entre le CEN/CENELEC et l’ISO.

 

Contacts :
www.cetim.fr

et

Roxana Turcanu
FIM
rturcanu@fimeca.org