Les chaînes de valeur mondiales sont en pleine mutation, largement influencées par des événements récents tels que la pandémie mondiale, les tensions géopolitiques exacerbées par des conflits comme la guerre en Ukraine, ou encore les impératifs liés à la transition énergétique et aux préoccupations sociales et environnementales. Ces facteurs convergents ont catalysé une série de reconfigurations dans la structure et la géographie des échanges commerciaux à l’échelle mondiale.

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement mondiales, soulignant l’importance de la résilience et de la flexibilité dans l’organisation de la production. Les pénuries révélées ont incité de nombreuses entreprises et Etats à réévaluer leur dépendance à l’égard de fournisseurs éloignés et à considérer des stratégies telles que la diversification des sources d’approvisionnement et la relocalisation de certaines productions stratégiques. Cette tendance vers une plus grande résilience et une réduction des risques a fait émerger un mouvement de « régionalisation » des échanges, redessinant ainsi les schémas traditionnels de mondialisation.

Les tensions géopolitiques, en particulier entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’invasion russe en Ukraine, ont également joué un rôle majeur dans la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. Au-delà du découplage à l’œuvre entre économies chinoises et américaines, les entreprises cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en se tournant vers des partenaires commerciaux considérés comme plus stables et en réduisant leur exposition aux risques géopolitiques. Cette stratégie de « friendshoring » ou de « nearshoring » vise à renforcer la sécurité des approvisionnements en rapprochant géographiquement la production des marchés finaux.

Parallèlement, les préoccupations croissantes liées à la transition énergétique et aux enjeux sociaux et environnementaux vont également contribuer à remodeler les chaînes de valeur mondiales. Les politiques industrielles visant à favoriser la relocalisation de productions stratégiques, les réglementations en matière de responsabilité sociale des entreprises et les initiatives telles que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières, la directive sur le devoir de vigilance et le Critical Raw Material Act en Europe ou le Uyghur Forced Labour Prevention Act aux États-Unis sont autant de facteurs qui vont inciter les entreprises à réévaluer leurs pratiques et à adapter leurs chaînes de valeur pour répondre aux normes environnementales et sociales.

De plus, l’impact du changement climatique sur les infrastructures de transport a également conduit à une réévaluation des schémas d’approvisionnement et à une relocalisation potentielle de certaines productions industrielles. La nécessité de garantir la durabilité des chaînes de valeur dans un contexte de changement climatique impose aux entreprises de repenser leurs stratégies de production et de logistique afin de minimiser les risques liés aux perturbations climatiques.

Ainsi, les reconfigurations en cours dans les chaînes de valeur mondiales sont la conséquence d’une convergence de facteurs économiques, géopolitiques, environnementaux et sociaux. La compréhension de ces lames de fonds, facteurs de reconfiguration, sera essentielle pour l’établissement des stratégies d’approvisionnement et de la compétitivité de l’industrie française.

Contact :
Rafaël Sanchez
Prospective Industrie
rsanchez@clarus-developpement.fr

Crédit photo :
Pexels